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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 17:55

Dimanche prochain ce sera 'la fête des mères'!

Et, même si je ne pourrais pas aller voir ma mère qui réside bien trop loin de chez moi,

Et, même si, à présent, nous ne savons plus au juste ce qu'elle est encore en mesure de 'recevoir' nos témoignages d'affection,

Je vais lui envoyer une carte pour lui dire: "Bonne fête Maman, je pense à toi et je t'aime" ...

Parce qu'il m'a fallu tellement de temps pour pouvoir le lui dire d'un coeur sincère!

 

Il y a quelques années j'avais voulu laisser une trace écrite de ce Pardon si difficile mais tellement libérateur:

 

Avant d’aller à la maison de retraite passer un moment avec sa mère, elle voulut faire le détour, emprunter encore une fois la rue de son enfance !

Elle gara sa voiture, un créneau bien réussi comme elle savait les faire, et avança à pas lents, le cœur battant, vers le N° 79.

 

La maison familiale n’était plus qu’une façade, une adresse en France pour un homme d’affaires étranger. Elle demeurait cependant solide, protégée par ses tirants en fer, bien épais, bien croisés sur les lézardes qui n’avaient pas bougé au fil des années.

Les volets étaient clos, la porte verrouillé par un énorme cadenas … Qu’importe, elle savait bien comment détourner l’interdit : elle poussa sans délicatesse le portail de la maison voisine ; les grincements ne réveilleraient pas les fantômes de ce lieu également déserté. Elle avança au milieu des herbes plus hautes qu’elle en direction du mur à peine écroulé qui séparait les deux domaines.

A soixante ans et même un peu plus, elle était encore mince et souple ; escalader ce mur, elle l’avait fait  des milliers de fois et cela lui semblait encore tout à fait possible.

Elle se hissa, en effet, sans trop de peine et, d’un bond, se retrouva dans le jardin de ses jeunes années. La végétation l’avait envahi mais ses pieds en reconnaissaient les parterres et les allées ; elle avança lentement, religieusement, caressant au passage les herbes et les fleurs pour mieux laisser revivre tous ses souvenirs …

 

Soudain un cri brisa le silence ; l’horrible miaulement d’un chat, un énorme matou roux surpris dans son repos. Son âme chavira ! Elle se revit, petite fille tremblante dans la nuit effrayante du jardin :

Elle est l’aînée de la fratrie et sa mère est bien occupée par les plus jeunes alors, une fois de plus, à la nuit tombante, elle vient de l’envoyer verser le contenu de la poubelle sur le fumier, au fond du jardin.

Chargée de ce fardeau presqu’aussi lourd qu’elle elle doit traverser la cour sombre, tourner la tête pour ne pas voir les ombres gigantesques surgissant du hangar, se hisser en haut  des marches de l’escalier et affronter le grand noir en priant la Sainte Vierge Marie que le redoutable chat jaune ne soit pas au rendez-vous.

Les yeux mis clos elle court en se répétant « Je suis grande, je n’ai pas peur » ; mais, ce soir encore, l’angoissant cri de l’animal troublé dans son repos la fait trembler de tous ses membres ! Ses jambes la porte à peine lorsque, blême, elle se réfugie sous la véranda, ouvre le robinet et se lave les mains dans un geste rituel qui envoie toutes ses angoisse au plus profond des canalisations.

 

Elle reprit ses esprits, dévala l’escalier et couru vers la maison. Elle força la porte rouillée qui céda sans résistance et s’arrêta, figée, devant l’entrée du cellier. Là, sur la droite, elle revit ‘son’ placard à balais : un réduit que son père avait clos jadis pour que y entreposer le matériel de ménage.

Petite fille anorexique, elle est assise dans ce placard, sur la première marche d’un escalier condamné ; sa mère est installée en face d’elle sur un tabouret, le front plissé, les yeux sombres ; elle tient à la main une assiette de navets et, avec forces remontrances, lui en fait avaler le contenu. Elle ne pleure pas, elle en a l’habitude. Ses larmes refoulées se transforment en rage, en haine … "Je serai la plus forte !"

Lorsque, l’assiette vide, sa mère retourne prendre sa place, au centre de la table familiale, elle file vers la cour, gagne les ‘cabinets’ et leur confie, dans un jet fulgurant, le produit de ses maltraitances.

 

Ses larmes ont tant coulé !

« Pourquoi est-ce que je ne suis pas une petite fille comme les autres ? Pourquoi n’ai-je pas le droit d’être cajolée moi aussi ? »

 

Elle a voulu refaire le chemin comme pour conjurer son mauvais sort, affronter un passé qu’elle voulait dépasser. Ses larmes de femme inondent ses joues, des larmes étonnement douces …

Aurait- elle réussit à pardonner enfin d’un cœur sincère ?

Elle sort son téléphone portable, appui sur un numéro programmé :

« Allo, Maman, ne t’inquiète pas, j’arrive ! »

 

bouquet pour le fête des mères 005

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Published by chezsimone - dans Mes petits textes
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commentaires

Arielle 28/05/2012 10:28


Il n'est jamais trop tard pour bien faire... le principal est la prise de conscience.


passe une belle journée


arielle

chezsimone 28/05/2012 13:39



Je suis entrée dans le désir profond d'arriver à ce chemin de pardon lorsque j'ai vu ma mère 'lacher prise' après la mort de mon père; j'ai pu enfin ne plus la voir comme une 'femme forte' mais
comme un 'petit oiseau blessé' et je me suis mise à l'aimer ... ainsi nous avons pu, enfin, passer quelques belles années de partage avant qu'elle ne 'décline' trop; et c'est magnifique!


Bonne et belle semaine. Simone



Martine Eglantine 27/05/2012 18:54


En vieillissant on pardonne, j'ai pardonné un peu trop tard après sa mort. Je me suis rendue compte à un peu plus de 50 ans alors qu'elle n'était plus là que ma mère était anorexique en
retrouvant des photos, en lisant des cartes, ces cartes et courriers qui font mal quand on les lit mais qui après qu'on ait digéré la douleur du moment sont salvateurs. Mon dernier texte sur quai
des rimes explique cela même s'il n'est pas vraiment autobiographique. La seule chose qui est vraie c'est que j'ai été un enfant fait pour remplacer mais qui n'a jamais remplacé vraiment. Bisous

chezsimone 28/05/2012 13:33



Je connaissais un tout petit peu cette 'histoire' douloureuse de ta vie (à travers ce que tu nous en a livré sur ton blog) ... et j'ai beaucoup pensé à toi en livrant la mienne! J'ai eu cette
chance que ma mère ait vécu assez longtemps en 'bonne forme' pour que je puisse lui écrire mon pardon. Bonne semaine et bisous. Simone



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